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La doloire de Zach

C'est l'histoire de la rencontre entre 2 jeunes artisans, Zach, charpentier sur bois vert, et moi-même, forgeron taillandier.

Rencontre qui a lieu lors de l'édition 2025 de l'écho de la taillanderie dans un lieu majestueux, situé en pleine nature dans les étendues vallonnés et naturels du Doubs. Cet endroit, c'est le musée de la taillanderie de Nans-sous-Sainte-Anne, quel emblème !

Week-end partagé entre discussions entre pro, échanges de savoir-faire, démonstrations de forge, d'équarrissage et moments conviviaux, le temps semble suspendu.

Avec Zach, on fait connaissance le samedi, on cause outils, on cause technique et de plein de choses. Lui a l'idée de se faire faire un jour une doloire sur mesure par un artisan taillandier, moi je cherche le charpentier qui voudra me faire confiance pour me confier une tâche de cette ampleur, l'idée est née.

Le dimanche, on se prend un petit instant, il voudrait une doloire basée sur l'outil qu'il utilise actuellement, avec quelques modifications, légèrement plus lourde, plus grande, un œil désaxé mais pas autant que sur certains autres outils du type.

Assis dans l'herbe, on inspecte l'outil dans tous les sens, je prends quelques côtes.

Pour Zach, comme pour moi, c'est décidé, je fabriquerai sa doloire !

Quel outil magnifique, il a dû en voir des mètres de poutre ! Qui l'a réalisé, quand, où ? Zach me dit que c'est un modèle qui serait assez typique du Jura et de ses alentours, on n'en sait pas plus. On décide que sa petite sœur sera fabriquée traditionnellement, un corps en fer puddlé, un tranchant rapporté en acier (aciérage) et un œil plié soudé à la forge.

Une doloire dans son plus simple appareil, épurée, elle paraît presque simple à réaliser, mais il ne faudrait pas s'y tromper...

Quelques mois s'écoulent, l'idée ne me quitte pas, comment je vais fabriquer cet outil ? Est-ce que je vais réussir ?

C'est très symbolique la doloire pour un taillandier (en tout cas pour moi), un outil d'envergure, que peu réalisent. Ce sera une étape dans ma carrière d'artisan, mais pour l'instant les doutes sont très présents.

Je me lance ! Fabrication d'un mandrin pour son œil spécifique, une vidéo lui est dédiée.

https://www.youtube.com/watch?v=dQKUq_bS7B0

J'attaque un premier essai de doloire, ça se complique. Des soucis de soudures, je n'ai pas réussi à emmener la matière où je voulais, j'ai perdu trop de métal au feu et le poids cible n'est plus envisageable. Je persiste pendant 2 jours sur cet outil, il faut se rendre à l'évidence c'est un échec. Je doute encore plus, fatigué, je commence à me demander ce que je pourrai bien dire à Zach au bout de plusieurs mois.

Ça tourne à l'obsession, est-ce que je suis à la hauteur ? N'était-ce pas trop tôt ?

Je me lance dans un deuxième essai, concentré et déterminé, je change totalement ma façon de m'y prendre. Quelques jours plus tard, ça y est, un fer d'outil est forgé. Les traitements thermiques, un manche taillé à la main dans un frêne des Vosges et nous y sommes, l'outil est né !

Désormais, les outils avec tranchant rapporté seront double poinçonnés pour les différencier des outils monobloc. J'y apposerai mon "gros" poinçon et également le poinçon qui me sert pour la coutellerie.

À l'heure où j'écris cet article, je prépare une série de vidéos qui retracera la fabrication de cet outil. Je vous invite à aller faire un petit tour sur ma chaîne youtube et à vous y abonner, d'autant plus si ce sujet vous intéresse.

J'espère que le récit de cette petite aventure vous aura plu et merci de m'avoir lu jusqu'au bout.

Maxime.