Scellement naturel et utilitaire de taillandier

Ça faisait longtemps que je voulais faire un utilitaire sur soie de taillandier avec scellement naturel.
Je voulais un petit couteau simple, monté sur soie traversante, forgé de très près avec un minimum d'enlèvement de matière, une petite virole et un montage scellé au ciment de coutelier.

Pourquoi ? Pour le plaisir de créer un couteau utilitaire dans son plus simple appareil, à la manière d'un outil.

Je n'aime pas beaucoup la colle époxy. Je trouve qu'il est dommage d'utiliser des résines pétrochimiques, nocives pour l'environnement et la santé de l'artisan, sur des réalisations artisanales de ce type. Fabriquer par la forge une lame de couteau et tailler à la main un manche dans un bois récolté localement, pour finir sur une époxy, ça manque de sens pour moi.

Il faut cependant nuancer, la colle époxy reste très efficace et très résistante pour certaines applications, mon idée n'est pas de la bannir de l'atelier ou de jeter la pierre à ceux qui l'utilisent, loin de moi cette idée ! Je veux simplement l'éviter quand c'est possible.

Il y a aussi un avantage certain au ciment de coutelier, c'est qu'il permet des assemblages démontables, il suffit de réchauffer le couteau pour démonter le manche.

Pendant des centaines d'années, les artisans ont fixé les lames aux manches grâce à des scellements naturels, dits ciment ou mastic de coutelier. Je pense qu'il a existé autant de recettes que d'artisans, mais les principaux constituants sont en général : une cire, une résine, éventuellement un liant.

J'ai choisi d'utiliser une cire d'abeille locale, elle provient de l'apiculteur chez qui j'achète le miel, de la résine de pin récoltée dans les forêts environnantes, à cela peut s'ajouter de la poussière de bois, de charbon, de silice ou de cendre.

Et l'utilitaire de taillandier ?

Le manche est taillé à la main, sans machine, il y a des traces d'outils résiduelles qui sont tout à fait assumées.

La lame est forgée comme un autre outil, en priorisant le déplacement de matière et limitant l'enlèvement autant que possible, d'ailleurs à terme j'utiliserai une meule à eau pour l'émoulage.
Le scellement est donc fait au ciment de coutelier maison.

Le manche est en buis échauffé, provenance locale et la lame en acier C70 pour cette fois.

Le manche fait 115 mm de long tandis que la lame mesure au total 95 mm, pour 3.5 mm au plus épais (2.5 mm au milieu).

Après une série de tests et une petite période d'utilisation, je suis très satisfait des performances de cet outil/couteau, les essais de tenue du scellement sont très concluants.

Je constate que simplicité peut rimer avec efficacité, tant dans les étapes de fabrication que dans l'objet lui-même.

Ce fut un réel plaisir de me consacrer aux techniques et à la maîtrise du geste avec des outils à main plutôt que de me concentrer sur le backstand. En plus de ne pas être moins efficaces, ces méthodes sont presque silencieuses et n'émettent pas ou peu de poussière fine. Il redevient possible de travailler sans masque et bouchons, je peux entendre le bruit des copeaux et sentir l'odeur du bois !

J'espère que cette réalisation vous plaît autant qu'à moi et que vous avez apprécié cet article.

Merci pour votre attention.

Maxime.